Le plus vieux monument hospitalier d'Europe
Ce superbe bâtiment a été construit en deux ans seulement, très certainement par manque de temps et grâce aux moyens colossaux déployés par Marguerite de Bourgogne (cf. personnages célèbres), veuve du roi de Sicile Charles d’Anjou, et belle-soeur du roi Saint-Louis.
A l’origine, cette immense nef avait une longueur de 100 mètres, une largeur de 18 mètres et une hauteur de 27 mètres. La surface de toiture est de 4500 m2. D’autres bâtiments complétaient l’enceinte. De cet ensemble, en partie détruit à la révolution et remanié au fil des siècles, subsiste cette immense chambre des malades, superbe nef terminée par une église à trois chapelles de style gothique (fenêtres géminées à lancettes).
Cette chapelle à croisées d’ogives comportait quatre autels où les Offices étaient lus par les soeurs. Il y avait une fenêtre dans chaque chapelle latérale de l’abside avec des vitraux à l’effigie du roi et de la reine (détruits en 1793, des restes sont visibles dans le musée). Un jubé de pierre surmonté d’une croix séparait la salle du choeur. Un porche donnait sur la rue côté ouest. Sur le tympan face à ce porche, au-dessus de la porte géminée sur pilastre, était sculpté le Saint-Sauveur (la tête se trouve actuellement au musée du Louvre à Paris) ; côté église était représenté le Jugement Dernier, dont on peut apercevoir une pièce retrouvée à l’entrée de l’Hôpital. Les embrasures ont un tracé en plein cintre.
D’immenses poutres de chêne horizontales (poinçons) d’une seule pièce, soutenues en leur centre par des poutres verticales (entraits) empêchent les murs latéraux de s’écarter, tandis que des contreforts extérieurs retiennent les parois. Une immense voûte en plein cintre lambrissée de chêne recouvre la charpente. Les étoiles de la voûte permettaient alors d’évacuer la fumée des braseros (et les mauvais esprits !).
La grande salle abritait une quarantaine de lits pour accueillir et protéger les personnes dans le besoin jusqu’à leur rétablissement, d’où ils repartaient vêtus, avec un peu d’argent (6 sols) pour poursuivre leur route ; les enfants «trouvés» étaient aussi pris en charge puis confiés à des nourrices.
En 1648, un second hôpital fut construit pour des raisons sanitaires (chauffage, humidité).
La grande salle fut alors désertée et ne servit plus que de lieu de sépulture. Le sol est recouvert de pierres tombales de religieux, de donateurs, de bienfaiteurs et de familles nobles.
Pendant deux siècles, du XIVe au XVIe siècle, la lèpre, la peste, les famines, les guerres de religion affaiblirent fortement l’état financier des hôpitaux et leurs ressources. Les plus riches « achètent » alors leur salut en finançant ou en construisant des hôpitaux, le pauvre permettant désormais de «s’assurer la Paix Eternelle».
En 1781, des travaux ordonnés par le Marquis de Courtanvaux ont mutilé le porche du XIIIe siècle et le sas, long couloir de 8 mètres, qui séparaient la route de la grande salle.
Enfin, en 1850, faute de place, le pavillon Dormois vit le jour. 700 ans plus tard, malgré toutes les vicissitudes connues par Tonnerre (guerres, incendies), l’hôpital demeure patrimoine du Centre Hospitalier.


